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Rayonnage cantilever : charge par bras, normes et occasion

24 avril 2024 · André Pioutaz
Sommaire de l'article

Un rayonnage cantilever porte ses charges sur des bras en porte-à-faux fixés à des colonnes, sans aucun montant à l’avant. C’est cette absence de montant qui lui permet d’accepter ce qu’aucun palettier ne prend : des profilés de six mètres, des tubes, des panneaux, du bois de charpente. La contrepartie est qu’il ne se dimensionne pas comme un rack. Sa charge admissible dépend d’abord de la portée du bras, et un chiffre annoncé sans sa portée ne veut rien dire.

Ce guide répond aux quatre questions qui se posent avant d’acheter : combien un bras porte réellement, combien de bras il faut, ce que la norme impose en France, et ce qu’il faut vérifier sur du matériel d’occasion.

Animation montrant l'assemblage d'un rayonnage cantilever à bras

Combien un bras de cantilever porte réellement

La charge admissible d’un bras n’est pas une propriété du bras seul. Elle dépend de trois grandeurs qui se lisent ensemble : la portée, c’est-à-dire la longueur du bras depuis la colonne, la hauteur du niveau sur la colonne, et le nombre de niveaux déjà chargés au-dessus. Le même bras déclassé de moitié en portée peut doubler sa charge.

Les catalogues des fabricants européens couvrent aujourd’hui des portées de bras allant d’environ 400 à 2 000 mm, et annoncent, sur leurs séries lourdes, des charges de l’ordre de 2 500 kg par bras et des colonnes calculées pour environ 10 000 kg cumulés. Ces ordres de grandeur situent le marché, ils ne dimensionnent aucune installation.

La seule valeur qui engage est celle de la plaque de charge de votre installation, établie par le calcul de la structure selon la NF EN 15512, qui encadre le calcul et la résistance des rayonnages métalliques. Une charge lue dans un catalogue ne s’y substitue pas : elle correspond à une configuration précise, et la vôtre n’est pas forcément celle-là.

Les trois questions à poser au fournisseur

  • « Cette charge, à quelle portée de bras ? » Sans la portée, le chiffre n’est pas exploitable.
  • « Cette charge, avec combien de niveaux chargés ? » La colonne cumule les niveaux, et c’est elle qui limite en premier sur les configurations hautes.
  • « Quelle flèche du bras à la charge de service ? » Un bras qui fléchit visiblement à sa charge nominale fera glisser des charges rondes, tubes et profilés.

Combien de bras pour votre charge

C’est la question que les catalogues ne traitent pas, parce que la réponse ne dépend pas du rayonnage mais de ce que vous stockez. La méthode tient en quatre relevés, à faire avant de demander un devis.

  1. La longueur de la charge la plus longue et celle de la plus courte. C’est la plus courte qui commande l’entraxe des colonnes : elle doit reposer sur deux bras au minimum, sinon elle bascule.
  2. Le poids au mètre linéaire, et non le poids total. Une charge de 1 200 kg répartie sur quatre bras ne sollicite pas chaque bras à 300 kg si elle n’est pas rigide : une charge souple se concentre sur les appuis extrêmes.
  3. La flèche que vous acceptez sur la charge elle-même. Un profilé qui fléchit entre deux bras trop espacés se déforme durablement, et ce n’est plus un problème de rayonnage mais de marchandise perdue.
  4. Le débord au-delà du dernier bras. Chaque fabricant fixe un débord maximal admissible pour sa série. C’est une donnée à demander, pas à estimer.

Ces quatre relevés se transmettent tels quels au fournisseur, qui en déduit l’entraxe, le nombre de colonnes et la longueur de bras. Le sens du calcul va de la marchandise vers le rayonnage, jamais l’inverse. C’est l’erreur la plus fréquente sur ce type de matériel : choisir une longueur de bras au catalogue, puis constater que les charges courtes n’ont pas deux appuis.

Rayonnage cantilever stockant des planches de bois en porte-à-faux

Simple face ou double face

Le choix se règle en deux lignes, et il est plus contraint qu’il n’en a l’air.

Simple faceDouble face
Bras d’un seul côté, base contrebalancée, se place contre un murBras des deux côtés, base symétrique, se place en îlot au milieu de l’allée
Emprise au sol plus profonde que la portée du bras, à cause du contrepoids de la baseEmprise plus équilibrée, mais accès nécessaire des deux côtés
À privilégier quand un mur est disponible et que la surface est comptéeÀ privilégier dès que la même travée sert deux allées

Le point qui échappe souvent : en simple face, la base dépasse à l’arrière de la colonne, du côté opposé aux bras. Cette profondeur de base fait partie de l’encombrement réel et se mesure avant de tracer l’implantation contre le mur.

Le sol, qui décide plus souvent qu’on ne le croit

Un rayonnage cantilever concentre des charges élevées sur très peu de points. Chaque platine transmet à la dalle une part du total, et cette part est d’autant plus forte que les colonnes sont espacées. C’est la même question que pour le stockage d’archives, où le plancher devient le facteur limitant avant le rayonnage : la méthode de calcul de la charge au sol est détaillée dans le dimensionnement d’un rayonnage sans surcharger le plancher.

Trois vérifications, dans l’ordre :

  • La charge admissible de la dalle, qui se lit dans le dossier du bâtiment et ne s’estime pas à l’œil.
  • La charge ponctuelle sous chaque platine, c’est-à-dire la charge totale d’une travée divisée par son nombre de platines. C’est ce chiffre qui se compare au précédent, pas la charge au mètre carré.
  • La planéité, dont les tolérances relèvent de la NF EN 15620. Une colonne calée sur un sol irrégulier travaille en flexion là où elle a été calculée en compression.

En extérieur, une quatrième vérification s’ajoute : le lestage ou l’ancrage doit tenir compte du vent, qui s’applique sur la marchandise stockée autant que sur la structure.

Ce que la norme impose en France

Le rayonnage cantilever relève du même corpus que les autres rayonnages métalliques, et il n’y a pas de norme spécifique qui le dispenserait de quoi que ce soit.

  • NF EN 15512 : le calcul et la résistance de la structure. Elle concerne le fabricant au moment de la conception.
  • NF EN 15620 : les tolérances de fabrication, de montage et d’implantation, dont la planéité du sol et l’aplomb des colonnes.
  • NF EN 15629 : la spécification du besoin, c’est-à-dire ce que l’acheteur doit décrire avant d’acheter. Les quatre relevés de la section précédente en sont l’application concrète.
  • NF EN 15635 : l’utilisation et la maintenance. C’est elle qui impose la présence d’une plaque de charge conforme à la configuration réellement installée, et l’organisation des vérifications périodiques.

Le détail des inspections, la personne qui les conduit et leur fréquence sont traités dans les normes de sécurité à respecter, avec le classement des dommages par code couleur. Un point mérite d’être retenu ici, parce qu’il pèse lourd sur l’achat d’occasion : un montant ou un bras déformé ne se redresse pas. L’acier a dépassé sa limite élastique, et sa résistance n’est plus celle qui a été calculée.

Cantilever d’occasion : ce qu’il faut vérifier avant d’acheter

Le rayonnage cantilever d’occasion est un bon achat, à une condition : savoir ce qu’on regarde. Contrairement à un palettier, dont les lisses sont largement interchangeables entre séries, un bras de cantilever ne se monte que sur la colonne pour laquelle il a été conçu. Un lot dépareillé est un lot inutilisable.

Identifier le matériel sans se fier au vendeur

Sur du matériel de seconde main, la marque a souvent disparu du discours commercial. Elle se retrouve sur le matériel lui-même, par cinq observations qui se font sans outil.

  1. La plaque de charge. C’est la première chose à chercher, et son absence est en soi une information. Quand elle est présente, elle donne le fabricant, la série, la charge par bras et la portée correspondante.
  2. La forme du profil de colonne. Chaque constructeur a la sienne : profil ouvert en C, profil fermé, ailes repliées ou non. Photographiez une section de colonne de face, c’est ce qui permet de retrouver la série.
  3. Le pas de perçage, c’est-à-dire la distance entre deux trous successifs sur la colonne, et la forme des trous. Ce pas détermine à la fois la compatibilité des bras et la finesse du réglage en hauteur.
  4. Le type d’accroche du bras : boulonné traversant, accroché par ergots, ou verrouillé par goupille. Deux séries au même pas de perçage mais à l’accroche différente ne se mélangent pas.
  5. Le marquage de l’embase. Les bases portent fréquemment une référence estampée ou une étiquette rivetée qui a survécu au démontage, là où les autocollants de colonne ont disparu.

Ces cinq éléments, photographiés et transmis à un revendeur qui connaît le marché, suffisent presque toujours à identifier la série et donc à retrouver la charge admissible d’origine. C’est plus fiable que de se fier à une charge annoncée oralement, et cela permet de commander des bras complémentaires compatibles.

L’état, et ce qui ne se reconditionne pas

  • Les bras : regarder chaque bras de profil, à vide. Un bras qui ne revient pas à l’horizontale une fois déchargé a travaillé au-delà de sa limite. Il se remplace, il ne se redresse pas.
  • Les colonnes : chercher les enfoncements au pied, à hauteur de fourche de chariot. Le même principe s’applique, un profil enfoncé ne récupère pas sa résistance.
  • Les embases : soudures, fissures au raccordement colonne et base, et surtout trous d’ancrage ovalisés, signe que la structure a bougé sous charge.
  • La corrosion : superficielle sur la peinture, elle n’a pas d’importance. Au pied de colonne et dans les soudures d’embase, elle en a.
  • La visserie et les goupilles : ce sont des consommables, ils se remplacent, et leur absence ne doit pas faire renoncer à un lot par ailleurs sain.

Un dernier point, souvent négligé : faire établir une nouvelle plaque de charge pour la configuration que vous montez. Une plaque d’origine qui ne correspond plus au montage actuel est une information fausse, et la norme d’utilisation demande qu’elle reflète l’installation réelle.

Nos rayonnages cantilever reconditionnés sont contrôlés sur ces mêmes points avant remise en vente. Pour situer le cantilever parmi les autres types de rayonnage, et notamment face au rayonnage à palettes classique, le panorama des familles répond à la question du choix. L’ensemble des guides est regroupé dans la rubrique des types de rayonnage professionnel.

Ce qu’il faut retenir

  • Une charge par bras sans sa portée ne veut rien dire. Les deux se demandent ensemble, toujours.
  • Le dimensionnement part de la marchandise, pas du catalogue : longueur minimale, poids au mètre, flèche acceptée, débord admissible.
  • Le sol est un facteur limitant à part entière, et la charge qui compte est la charge ponctuelle sous platine.
  • Quatre normes encadrent l’ensemble : NF EN 15512 pour le calcul, 15620 pour les tolérances, 15629 pour la spécification, 15635 pour l’utilisation.
  • En occasion, cinq observations identifient le matériel : plaque, profil, pas de perçage, accroche, marquage d’embase. Et une règle sans exception : ce qui est déformé se remplace.

Questions fréquentes

Que veut dire cantilever ?

Cantilever est un terme d’ingénierie anglo-saxonne qui se traduit en français par porte-à-faux. Il désigne une pièce fixée à une seule extrémité et libre à l’autre, ce qui est exactement le principe du bras de ce rayonnage.

Cantilever et rayonnage à bras portants, est-ce la même chose ?

Oui. « Rayonnage à bras » et « rayonnage à bras portants » sont les désignations françaises du même matériel. Le terme cantilever reste le plus employé dans les catalogues et les appels d’offres.

Un rayonnage cantilever peut-il être mobile ?

Oui, sur bases mobiles, comme un rayonnage à palettes mobile. Une seule allée dessert alors plusieurs travées, ce qui libère de la surface. En contrepartie, la charge ne se répartit plus sous des platines fixes mais se concentre sur les rails : la question du sol se pose avant celle du rayonnage.

Existe-t-il des cantilevers légers ?

Oui. Les séries légères sont conçues pour des profilés fins, des tubes de petit diamètre ou des panneaux. La règle de lecture ne change pas : la charge annoncée par bras ne vaut que pour une portée de bras donnée, et c’est la plaque de charge de l’installation qui fait foi.

Peut-on louer un cantilever au lieu de l’acheter ?

La location existe sur ce type de matériel, principalement pour des besoins temporaires, chantier ou surstockage saisonnier. Sur un besoin permanent, la comparaison se fait avec le matériel reconditionné : une structure de rayonnage ne s’use pas comme un équipement mobile, et son état se vérifie point par point avant achat.

André Pioutaz
Cet article a été rédigé par

André Pioutaz

André Pioutaz, gérant de Pro Occasion Rayonnage depuis plus de 20 ans (à votre service depuis 2005). Notre société s'articule autour de deux pôles : l'aménagement de surfaces commerciales et l'équipement de surfaces de stockage, avec la RSE et le matériel reconditionné au cœur de notre activité. Quel que soit votre point de vente alimentaire, bricolage, négoce de matériaux, jardinerie, bazar, jouet, textile, pharmacie, automobile… nous vous accompagnons sur l'intégralité de votre projet : réflexion, conception, réalisation du chantier et vérification des installations. Besoin de vous séparer d'anciens matériels ? Nous étudions aussi la reprise. Bienvenue dans l'avenir du stockage : bienvenue chez Pro Occasion Rayonnage.

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